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Serge Dubois

Dans le cadre de la soirée de distribution organisée par Kilti, à Lille le 6 avril dernier, nous avons pu assister à deux extraits de la pièce « À croquer » qui fait partie de la programmation du Festival de théâtre Icam qui aura lieu du 22 avril au 7 mai 2016. Nous avons donc rencontré Serge Dubois le metteur en scène qui nous a parlé de ce projet politiquement incorrect.

Kilti – Serge Dubois, pouvez-vous nous présenter la pièce  » À croquer  »
S.D – La pièce se compose de plusieurs textes de différents auteurs aussi bien classiques comme Proust, Rabelais ou Sade que contemporains. Il s’agit d’une compilation qui traite du rapport qu’ont les hommes et les femmes avec la nourriture. On parle d’un rapport gastronomique évidemment mais aussi spirituel. Les auteurs ont été travaillés en sous texte afin de répondre à plusieurs questions : qu’il y a-t-il derrière ces mots, quelles images peut-on faire passer ?
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Quelle forme prend cette pièce ?
S.D – Il y a 9 comédiens, 3 hommes et 6 femmes qui ont travaillé avec moi, le sous texte voire le prétexte qu’on a ensuite mis en situation théâtrale, c’est une adaptation très libre. Cela donne des choses tout à fait surprenantes et politiquement incorrectes. La pièce, c’est deux fois une heure avec un entracte entre les deux, qui fait lui aussi partie du spectacle. On encourage les gens à boire et à manger : c’est le thème. Je veux amener les gens à croquer dans le théâtre, je suis aussi formateur et professeur de théâtre et ce sont des anciens élèves avec qui je travaille depuis des années qui m’ont rejoint sur ce projet. Ils sont amateurs dans le sens où ils aiment le théâtre et ont fait le choix de ne pas devenir professionnels. Ce sont de vrais passionnés et il fallait des comédiens aguerris car les textes sont difficiles.

Comment avez-vous sélectionné les textes ?
S.D – C’est vraiment une compilation, en tout il doit y avoir plus de 40 auteurs. Mais, il y a un texte que j’adore auquel je n’ai pas osé toucher par estime pour l’auteur, il s’agit de La Madeleine de Proust. C’est un monument, que nous avons travaillé légèrement différemment avec l’idée d’une table, car le fait de s’attabler est, dans notre culture, un moment privilégié. J’ai imaginé les personnages très vieux, en fin de vie, évoquant leurs souvenirs, ils sont amenés à rêver et j’ai intercalé ses textes car je trouve que Proust apporte cela.

Comment avez-vous collaboré avec Kilti ?
S.D – C’est une grande découverte, c’est un choix du Festi qui a nous sélectionné parmi les 12 spectacles du festival comme étant le plus politiquement incorrect à leurs yeux. Je serai ravi de pouvoir refaire partie de la programmation de Kilti notamment pour toucher un nouveau public qui ne se déplace pas forcément dans les théâtres dit « traditionnels ». C’est important d’aller chercher le spectateur là où il est.

Quel est votre rapport au politiquement incorrect ?
S.D – C’est un thème qui me parle, je pense que j’ai fait toujours ça, j’adore l’absurde, je cherche à choquer mais dans le bon sens du terme. J’aime prendre des textes classiques, les décaler et les adapter librement. Je n’aime pas la vulgarité, ni le nu en scène, cela manque de subtilité, me semble trop facile. En revanche, il y a des fois des choses beaucoup plus sensuelles notamment dans  » À Croquer  » qui ont pu émoustiller certains spectateurs sans que personne ne soit à poil ! Je trouve ça plus intéressant et à la limite beaucoup plus subversif de faire ce travail là que de mettre des gens nus sur scène, on voit ça trop souvent.

Quel est le rapport entre la nourriture et le politiquement incorrect ?
S.D – C’est une question d’éducation, on nous à tous demandé de bien se tenir à table, de ne pas placer ses coudes, de ne pas manger trop vite et autre… Nous essayons de décoder tous ces codes en jouant avec le public et même en l’engueulant dans une scène du spectacle, en lui disant qu’il se tient mal à table. C’est important de pouvoir interagir avec le public. Dans une autre scène, on parle d’anthropophagie en citant le texte de Romain Weingarten qui est un auteur contemporain beaucoup plus hard à mon sens.

Pour résumer, où et quand pourra-t-on voir la pièce ?
S.D – La pièce sera visible le 23 avril 2016 dans le cadre du Festi (Festival de théâtre ICAM) mais aussi les 3 et 4 février 2017 au théâtre de la Madeleine dans le cadre des Tréteaux d’hiver. Après, nous sommes ouverts à toute proposition honnête (rires). C’est un spectacle modulable et adaptable en fonction des exigences liées au temps et aux lieux.
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