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Adrien Brégeot, illustrateur

Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Salut, je m’appelle Adrien Brégeot, 25 ans, j’habite Metz et je suis illustrateur à mon compte. Je bouffe pas mal de bandes dessinées et de vrais bouquins avec des lettres et sans images comme pour les grands. En ce moment je lis pas mal de trucs de psychanalyse et d’histoire des religions. J’aime beaucoup le cinéma, aussi, avec une passion pour Lynch, Cronenberg, et les monstres géants qui mangent des trucs.

Quelle est ta pratique artistique actuelle ?
Je suis illustrateur, digital et traditionnel.
Je travaille actuellement dans le jeu vidéo avec le studio messin Nice Penguins, et dans ce domaine je travaille uniquement à la tablette graphique. Ça me permet d’être plus souple, d’illustrer et d’animer le plus rapidement possible. Le jeu sur lequel nous travaillons se nomme We All End Up Alone et raconte un an de la vie d’une personne atteinte d’un cancer.
Sinon, j’illustre certaines commandes, et dès que je le peux, au traditionnel, avec une colorisation numérique. Je suis bien plus à l’aise quand il s’agit de dessiner sur papier.
Je fais de la BD dans mon coin, aussi. Je travaille actuellement sur une épopée familiale qui s’étendra sur plusieurs dizaines d’années, dans une Espagne du XXe siècle mythifiée.
Je n’ai pour l’instant ni titre, ni éditeur, ni fin. Mais une soixante-dizaine de pages sont déjà illustrées.

Pour le tote-bag du panier Geek, tu as proposé à Kilti Metz le Robolecture, peux-tu nous parler de cette œuvre plus en détail?
Je ne me considère pas vraiment comme geek, c’est une culture que je connais mais dans laquelle je ne tiens pas particulièrement à m’inscrire. La culture classique m’influence autant, peut-être plus, que la culture « geek » et pop.
Cependant, je suis obligé d’admettre que j’aime la science-fiction. C’est un genre fascinant (presque absolu, à mon sens) qui peut parler de tous les aspects de la vie humaine et les matérialiser dans une narration.
Donc, en partant de mon affection pour la SF, je me suis retrouvé à dessiner un robot, avatar par excellence de la science fiction, comme personnage principal de l’illustration. Les livres sont venus pour lui donner un truc à faire, et aussi faire de lui ce qu’est, à mon sens, un geek : un consommateur de cultures.

Depuis quand as-tu commencé à dessiner, et comment as-tu su que tu voulais travailler dans ce domaine ?
Je ne sais pas quand j’ai commencé à dessiner. Je ne me souviens pas d’avoir un jour voulu faire sérieusement autre chose, en fait.
À huit ans, j’ai rencontré Walt, le fils de Gos, l’auteur du Scrameustache. C’est là que j’ai compris que derrière les bandes dessinées, il y avaient des gens qui dessinaient sérieusement, qui gagnaient de l’argent, et que c’était un véritable métier. (Après, à dix ans, j’ai demandé à Gos une dédicace dans un festival de BD, et il faisait chaud dans la file d’attente, et j’ai vomi.)
Je n’ai jamais vraiment visé autre chose depuis, et si j’ai quelques fois eu des doutes quant à ma capacité à faire le métier d’illustrateur, je crois qu’aucun boulot ne pourrait en fait mieux me convenir.

Qu’est-ce que tu peux nous dire de la culture dans cette région en ce moment?
Ça pétille. Il y a pas mal d’initiatives à petite et moyenne échelles qui font vivre la région, ça va du petit artiste exposé dans un bar à des manifestations plus larges comme Constellations, à Metz... Dans les cultures numériques, le milieu du jeu vidéo est très actif, avec des associations de créateurs et de vulgarisateurs qui organisent régulièrement des évènements. A Bliiida vous avez par exemple des Game Jams et les Indie Games Club organisés par COIN, qui vulgarisent la culture et la création vidéoludiques…
Puis en septembre, le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg brasse pas mal de monde et contribue à rendre au Cinéma de Genre ses lettres de noblesse dans un pays qui a du mal à l’apprécier et à encourager ses créateurs.

As-tu des coups de cœurs locaux à partager (tous domaines confondus)?
Plusieurs : pour parler brasserie, la bière Bon Poison est excellente, et ses brasseurs vraiment sympas. Plusieurs de leurs étiquettes ont été illustrées par un auteur de BD lorrain, Nicolas Moog, donc en plus, ils ont de belles bouteilles.
La librairie du Carré des Bulles, dans laquelle je ne passe pas assez souvent, qui a un catalogue de BDs et de bouquins parfois publiés en très petits tirages et qui organise des apéros dessinés, avec du pastis.
Petit shoutout aux copines, Chloé Burt (qui a illustré le panier Éros) et Alice Montvallier (qui a proposé une œuvre dans le panier Au-delà du réel) font des trucs stylés. Deux illustratrices, la première fait des madames toutes nues et la seconde fait des petits vers de terre fluos qui sourient.

Si on te dit « geek », à quoi penses-tu spontanément et pourquoi?
A pas grand-chose, pour être honnête. … Des clichés, évidemment, le binoclard aux dents de traviole qui zeuzeute, le freak, mais c’est quelque chose qui n’a plus vraiment lieu d’être. Déjà parce que tout le monde aujourd’hui se revendique plus ou moins geek, que c’est devenu un peu cool (dans une certaine mesure), et qu’ensuite les geeks dominent aujourd’hui le monde. Culturellement, les plus gros succès cinéma sont adaptés de comic-books, objet imprimé geek par excellence. Tout le monde (ou presque) a vu et aimé le Seigneur des Anneaux et Star Wars, et tout le monde va voir le nouveau Star Wars au cinéma.
Ready Player One, aussi. Voilà un film qui a sacrément marché, adapté d’un bouquin écrit par un nerd pour les nerds…
En fait, pleins de gros trucs dans lesquels énormément d’argent est investi (et donc sur lesquels on attend un retour – et donc du public) aujourd’hui sont faits avec les geeks pour cible.
Socialement, tu as Bill Gates, Elon Musk, Zuckerberg, pleins de nerds, qui aujourd’hui ont un impact titanesque sur la marche du monde. Retirez Facebook au monde contemporain, et socialement, économiquement, culturellement, quelque chose de lourd sera perdu.
En bref, les geeks sont peut-être les grands gagnants du monde contemporain.
En fait, j’imagine que c’est ce qui me vient quand on me dit « geek », surtout en ce moment après la sortie de Ready Player One : Le formidable contraste entre l’archétype du geek, que je pense encore pas mal inscrit dans nos têtes, et son implacable puissance dans le monde actuel.

Quels sont tes projets pour l’avenir ?
Adopter un chien.
Terminer la bande dessinée sur laquelle je travaille, en faire un truc bien.
M’essayer à la narration vidéoludique, en faisant par exemple une Visual Novel. C’est un exercice particulier mais probablement important à tenter. J’ai vu il y a peu le travail de Lars Martinson, un auteur de BD américain qui s’est dirigé vers le Visual Novel il y a peu, alors qu’il cherchait une alternative à la BD « classique », imprimée, qui a ses limitations en terme de distribution, et au Webcomic, qui est un format qui peine souvent à se différencier de la BD imprimée et qui fait rarement usage de toutes les possibilités que le numérique lui offre…
Je suis très attaché au format BD à l’ancienne, parce que j’ai grandi avec, parce que l’objet « livre » tient une place importante dans ma vie, mais peut-être certaines de ses limitations peuvent être dépassées par le numérique.
Ou peut-être pas. Mais je veux essayer pour le savoir.

Son compte instagram : ade.breg

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