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Tabass co. – studio d’animation bruxellois

 

>> Podcast – Interview de Gwendoline Gamboa & Margot Reumont du studio Tabass co. <<

 

Qu’est-ce qu’un studio d’animation ? Comment est-ce que vous travaillez ?

Margot Reumont – Il y a plein de cas différents. Je vais donner des exemples de projets menés cette année: je peux commencer par un clip réalisé en collaboration avec un autre studio d’animation en France. Ils avaient fait le story-board, et nous on les aidait dans l’animation. On a aussi amené une démarche sur la colorisation en peinture. Donc là c’était une collaboration artistique, mais on peut aussi tout à fait réaliser des films entièrement. Pour des clips, il y a un dialogue artistique avec les musiciens. On propose un scénario, un story-board, des visuels et ensuite on fait tout de A à Z. On a aussi fait un générique d’ouverture d’un long métrage qui sort cette année et qui est produit en Belgique. Un peu comme le grand classique « Attrape-moi si tu peux » ou tous les génériques de Saul Bass. Et pour finir, il y a les projets qui sont des productions internes et personnelles. Ce n’est pas une commande, c’est plus nous qui sommes à l’initiative du projet.

Il y a une vraie différence dans les méthodes quand il s’agit d’un projet perso ou d’une commande donc ! Comment est-ce que vous vous répartissez le travail ?

Gwendoline Gamboa – On se répartit le travail en fonction de nos envies, de nos compétences et de ce qu’il y a à faire. On a tous des parcours différents, mais ce qui nous a rassemblé c’est qu’on a étudié à la Cambre tous les 5 (avec Hippolyte Cupillard, Ornella Macchia et Bruno Tondeur ndlr), donc on est un collectif de cinq réalisateurs d’animation. Après on a décidé de mettre nos compétences, notre matériel et nos idées en commun. Ça va faire 3 ans et demi.

Pourquoi vous avez choisi de vous appeler Tabass co. ?

G – Moi j’ai l’impression que j’ai eu l’idée, après Bruno (Tondeur) dit que c’est lui. (rires) Donc on ne sait plus trop, mais il y a une chouette anecdote.

M – On était dans notre tout premier bureau, un appart aux Sablons et on avait écrit la liste des courses des choses à acheter parce qu’il y avait une petite cuisine. Sur cette liste il y avait « sauce sriracha » (de la sauce piquante). À côté, il y avait une autre liste, la liste de toutes les idées de nom qu’on avait eu. Une amie est passée et je lui demande de regarder pour me donner son avis sur la liste des noms. Sauf qu’elle a lu la liste des courses. Elle a dit « Ah sauce sriracha, c’est drôle ». Mais c’est un peu compliqué à prononcer et c’est après que Gwendoline a eu l’idée de TabassCo avec le petit « co » qui faisait collectif et « tabass » le coté punchy.

Si je voulais faire un film, pourquoi est-ce que je choisirais Tabass co. plutôt qu’un autre studio ?

M – Il y a une diversité des techniques, on est tout le temps dans une recherche de visuels et d’expérimentation pour être plus à même de répondre à un propos ou à un sujet. On est toujours en train de chercher ce qui va être le plus pertinent par rapport à ce qu’on demande de raconter.

Vous personnellement, votre technique préférée c’est quoi ? 

G – Justement, on est tous différent là-dessus, on a un peu nos techniques de prédilections. Déjà, on ne fait que de la 2D. Moi ce que j’aime, c’est le côté laboratoire multidisciplinaire ; j’aime bien faire de la peinture, bidouiller des trucs. Le mélange de matières, ça me plaît. J’aime bien le banc-titre aussi. C’est une technique où il y a plusieurs vitres à plat, au-dessus desquelles on met un appareil photo et avec les différents niveaux de vitres, on voit une sorte de profondeur et on peut placer des objets / papiers découpés / tissus / coquillages. On a fait un clip comme ça, Le Petit Pirate. J’aime bien la 2D sur tablette aussi. C’est de l’animation image par image, sauf qu’on dessine directement sur l’écran avec un stylet. C’est ce qu’on fait le plus souvent.

M – En fait le cinéma d’animation ça rassemble deux domaines, ce qui est du domaine de l’illustration, du dessin, du graphisme et celui du cinéma et du langage cinématographique. J’ai l’impression que chez nous, ces deux dimensions sont importantes. Moi j’adore mélanger la vidéo et l’animation et que ça ait un sens, parce que c’est vraiment une autre manière de présenter les choses dans l’animation. Il y a des choses qu’on ne peut pas faire en vidéo et inversement. J’aime bien pouvoir utiliser les deux et montrer ses deux sortes de dimensions.

Comment est-ce que vous êtes arrivées à l’animation ?

G – Je crois qu’on est arrivé différemment à l’animation chacun. Moi c’est vraiment parce que j’aime bien les images, l’illustration et la narration. Et après je me disais « en rajoutant des dialogues, du son, du mouvement, ça peut faire un produit complet ». Mais le cinéma c’est venu plus tard. Je ne me considère pas trop comme cinéphile, contrairement à Margot et Hippolyte (Cupillard). Ils ont une culture cinématographique bien plus solide, par rapport au montage et tout ça, il y a des subtilités…

M – C’est l’intérêt de s’être réunis, c’est de pouvoir combiner les forces. A l’école, on était tout seul sur nos films et c’était très difficile d’être bon en tout. On se retrouvait forcément avec un petit défaut dans nos films, que ce soit au niveau du scénario ou graphiquement. Ensemble, c’est l’occasion de faire quelque chose d’encore mieux.

Est-ce important pour vous d’avoir un engagement au travers de votre travail artistique ?

M – Oui quand même. Après on a été confronté à la réalité en sortant de l’école. On a du faire des travaux qui manquaient un peu de sens. Ces derniers temps, on s’est dit qu’on était plus motivé quand il y a quelque chose derrière qu’on a envie de raconter, par lequel on est touché. Et les idées d’écriture et de graphisme viennent beaucoup plus naturellement, ça nous demande moins d’effort que quand c’est quelque chose qui ne nous touche pas.

G – Oui. Je crois qu’on a aussi un peu plus le luxe de pouvoir choisir les projets auxquels on croit vraiment et d’avoir une sorte d’éthique.

M – On essaye un maximum. Après, il y a une sale logique qui fait que les projets pas intéressants sont mieux payés que les projets intéressants. Quelqu’un va venir avec une super idée et peu de budget: on aura envie de le faire parce que c’est une super idée. Et puis il y aura des trucs très bien payés où artistiquement c’est moins intéressant, mais ça fait tourner la machine. C’est un équilibre entre les deux.

G – Après il y a des projets comme la VUB. Artistiquement, on a fait de notre mieux. C’était un projet sur un programme où ils offrent à des réfugiés de pouvoir continuer leur cursus en Belgique. Du coup, le sujet est vraiment bien, on a envie de les soutenir. La vidéo était très explicative, on a fait du bon boulot, quelque chose de beau mais le contenu est beaucoup plus important.

Financièrement, comment on s’en sort quand on travaille au sein d’un studio d’animation ?

M – C’est clair qu’on ne gagne pas 10 000€ par mois (rires). Et en même temps, ça ne nous intéresse pas de gagner 10 000€ par mois. On n’a pas choisi cette vocation pour gagner de l’argent. On se doutait que ça allait être difficile. Les 3 premières années, on a travaillé sur beaucoup de choses pour faire rentrer de l’argent. L’idée qu’on avait au début et qui est assez difficile à mettre en place, c’est de faire des projets très bien payés qui permettent de faire des projets moins payés. En l’état actuel, ça se met un peu en place mais honnêtement, aujourd’hui ce qui nous permet de choisir nos projets, c’est le statut d’artiste, l’obtention du chômage. Ce n’est pas ma source de revenu principal, mais c’est mon filet de sécurité. Et même si au fond je n’en profite pas des masses sur l’année, ça va me permettre d’être beaucoup plus sereine et d’accepter des projets qui me plaisent.
On a lu un super livre Reinventing Organization. Il est écrit par un belge, Frédéric Laloux et il parle des intelligences collectives. Comme nous n’avons pas de chef, ni de hiérarchie, c’est une façon assez intéressante de savoir comment on collabore ensemble sans qu’il en ait un seul qui décide pour les autres. Il y a aussi une idée très démocratique sur l’aspect financier. Nous avons toujours eu cette philosophie de se payer la même chose.

G – On met en place un système de casquettes tournantes par rapport aux projets où on est quand même payé équitablement entre nous.

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Pourquoi vous faites des films d’animation ? Qu’est-ce qui vous motive ?

M – Moi c’est pour communiquer quelque chose. Je ne suis pas très forte pour communiquer socialement (rires). Du coup ça me permet de pallier ça. C’est une manière de partager ce qu’on a envie de partager, de faire ressentir de manière dix fois plus fortes qu’avec le langage.

G – C’est parce que ça allie plein de trucs, comme je le disais tout à l’heure. Ça allie l’image, le mouvement, la musique, les dialogues… et du coup c’est une sorte de forme assez complète pour communiquer ce que l’on veut.

Y a-t-il un film d’animation que vous rêveriez de faire ?

M – C’est un film ou on rit et où l’on pleure (rires). Mais pleurer dans le bon sens. L’idéal c’est que le spectateur il sorte avec quelque chose, qu’il ne voit plus le monde de la même manière. C’est le top. De lui avoir donné un nouveau point de vue sur quelque chose et à partir de là, que ça l’ai changé.

G – Quelque chose qui reste avec le spectacteur oui, qui reste après. Mais tu l’as bien résumé Margot! (rires)

Quel est le film dont vous êtes les plus fières ?

M – Moi ça reste Si j’étais un homme. C’est le premier film que j’ai fait. Ce sont des interviews de femmes sur la question : « Que serais-tu si tu étais un homme ? ». Je les ai filmés et enregistrés et par-dessus j’ai construit l’animation, où je donne une seconde grille de lecture à ce que l’on entend. C’est un questionnement sur le genre.

G – Il y en a plusieurs, mais j’en suis fière pour des raisons différentes. Je crois que le film dans lequel j’ai mis le plus de moi-même, c’est celui qui a le moins marché, que j’ai le moins suivi. J’en avais fait deux pour enfants, légers, mignons, et qui ont bien marché. Puis, le troisième, Respirer sous l’eau, je l’avais fait juste après la mort de mon petit frère et c’est un hommage pour lui. C’était plus un film guérison. Mais finalement, il touche les gens ou il ne les touche pas du tout. Il est moins en surface. Il y a aussi ceux à venir ! Mon prochain projet Sex4Kids, m’excite beaucoup.

Tu peux nous en parler un peu ?

G – Oui ! C’est un documentaire animé qui parle de la sexualité des enfants. Des adultes y parleront de leurs souvenirs, mais d’une façon libérée et marrante. Parce que c’est un sujet un peu tabou.
J’ai eu l’idée lors d’un babysitting : on était en train de jouer par terre sur le tapis. Il y avait le grand frère et la petite sœur. La petite sœur était sur le ventre, elle se touchait, et elle se balançait joyeusement de gauche à droite. Elle en oubliait de jouer ! Son grand frère ne comprenait pas trop ce qu’il se passait, mais il était un peu gêné. Du coup, ça m’a replongée dans plein de souvenirs comme ça où j’avais découvert avec une copine les jets à la piscine (rires). Oui, vous savez de quoi je parle (rires). En en parlant autour de moi, j’ai découvert qu’on avait tous ce genre de trucs. Avec par exemple pour les garçons, la découverte de leur première érection: à 5 ans, ils sortent du bain, ils mettent leur slip et ça tient tout seul, et ils vont le montrer à leur mère « je suis magicien! » (rires).

C’est très audacieux comme projet ! Est-ce que ton objectif est de dire que tous les enfants ont une sexualité ou d’explorer aussi pourquoi c’est tabou ?

G – J’aimerais bien mettre les adultes face à ça. Qu’ils réfléchissent à leur position par rapport à ça, qu’ils interrogent leur réaction. Mais j’ai aussi envie de faire du bien aux gens qui le verront. J’ai envie que ce film les fasse rire et que ce soit comme un câlin, de leur dire « c’est ok! ». 

On dit souvent que l’animation c’est pour les enfants. Qu’est-ce que vous répondez à ça ?

M – Je comprends… Mais moi j’ai fait un seul film pour les enfants et je ne me suis jamais dit que je faisais des films pour les enfants. On pense d’office qu’on fait des films pour enfants. Ce qui est vexant, c’est que c’est beaucoup moins pris au sérieux que les films d’auteur ou que le live. En festival de film live (en prise de vue réelle), quand on dit qu’on fait de l’animation, c’est un peu « ah, bon je change d’interlocuteur ».

G – Il y a cette idée qu’il y a l’animation et les vrais films. Alors qu’on ne fait pas des faux films. C’est un peu dommage. Mais il n’y a pas beaucoup de longs métrages pour adultes grand public en animation en fait, d’où l’idée.

Est-ce que vous voudriez un jour faire des longs métrages d’animation ou bien vous préférez le format court ?

M – Le long métrage d’animation, c’est hyper flippant ! C’est très très cher, donc c’est beaucoup de pression et il y a très peu de prise de risques. Il y a quelques films qui sortent du lot, je pense à La jeune fille sans mains par exemple. C’est un OVNI en animation. Sinon, c’est d’office pour enfant parce que ça rapporte. Et puis il faut faire une technique dont on sait qu’elle marche, qu’elle sera finie quand on veut et comme on veut. Pour ça, ça ne m’attire pas trop. Après, je me rends compte que dans mes scénarios, j’ai envie de raconter tellement de choses, que peut-être ça rentrerait plus dans un long métrage…

G – Et puis en dehors des formats clip et court-métrage, il y a aussi les séries. Et ça, ça nous tente bien !

Vous auriez envie d’ouvrir une chaine YouTube pour faire des séries par exemple?

G – Pourquoi pas ? Le format web-série nous tente vraiment. Après YouTube c’est encore une autre économie…

M – C’est un peu difficile de rentrer dans la logique des YouTubeurs qui font une vidéo en une après-midi avec de l’animation. C’est compliqué d’être dans un rendement quotidien comme ça. On ne s’est pas trop penché sur le système de production des web-séries, mais on est assez attirés par ce format-là.

Et toi Margot, sur quoi travailles-tu en ce moment ?

M – J’ai un projet de court métrage qui s’appelle Câline. C’est sur le passage de l’enfance à l’âge adulte dans le rapport affectif. C’est une jeune femme qui retourne dans le grenier de la maison où elle a grandi pour faire le tri dans ces affaires d’enfance. Au début, elle est un peu nostalgique et petit à petit, elle se rend compte que toute cette époque n’est pas forcément que positive. Il y a aussi des mauvais souvenirs, des petits traumatismes. Ça parle de toutes les expériences plus ou moins traumatisantes qui nous ont arrachées de l’enfance, qui nous font prendre conscience que les choses changent et qu’elles sont irrémédiables. C’est un peu triste, mais en même temps pas, parce que c’est chouette de devenir adulte et c’est ce qui nous construit. Les choses positives et négatives sont indissociables les unes des autres. L’idée de faire le tri et de jeter les mauvais souvenirs, ce n’est pas possible.

Votre court-métrage / long-métrage / série d’animation préféré ?

M – Il y a deux long-métrages qui m’ont donné envie de faire de l’animation récemment, c’est « Persépolis » et « Valse avec Bachir » qui sont assez connus. Après en court-métrage, il y en a plein ! Tout de suite, je pense à Micro-dortoir de Lia Bertels qui est un de ses films de La Cambre, qui a aussi eu une grande influence pour moi.

G – Moi c’est plus les séries de quand j’étais petite ou ado. « Daria » par exemple, ça m’a marqué pour la vie. Elle sortait complètement du lot, par rapport à tout ce qu’il y avait à ce moment-là. Je me suis clairement identifiée!

 



PORTRAIT BELGE

Votre lieu préféré à Bruxelles

M – J’adore le parc Tenbosch. C’est un super beau parc, près du Châtelain, chez les riches! (rires) Après dans les bars, j’aime beaucoup le Moeder Lambic de Saint Gilles. C’est un bar dans lequel je vais depuis 10 ans, même si c’est devenu très touristique. Après c’est plus des balades. J’adore marcher depuis Saint-Gilles jusque dans le centre en passant par les Marolles. La place Poelaert aussi, la vue depuis le Palais de Justice.

G – Il y a un resto que j’adore : Judgy Vegan, qui se trouve vers les Marolles. Tout est vegan. C’est assez engagé, pas que dans le véganisme ; par exemple, elles ont une banderole qui dit « pizza rolls not gender roles ». Par rapport aux autres endroits vegan à Bruxelles, je trouve qu’elles sont les plus intègres dans leur démarche. Ce qu’elles font est trop bon et ce ne sont pas que des petites salades de quinoa avec trois petites feuilles. (rires)

La dernière sortie culturelle qui vous a marquée ?

G – À Anvers, dans la salle deSingel. J’ai été voir Khruangbin, ils ont une disposition sur scène assez marrante, ça m’a donné envie de les dessiner : devant, un gars et une fille qui ont de longs cheveux au vent (je crois que ce sont des perruques) et leur batteur à l’arrière, tout mastoc, qui fait la gueule tout le temps. C’est de la musique un peu à deux à l’heure, un peu psychédélique, de la musique confortable ! T’as l’impression que ça t’enveloppe dans une couette. Et ça fait aussi un peu porno des années 1970. (rires) Allez écouter !

M – Je pense à un spectacle de Selma Alaoui du collectif Mariedl, Apocalypse bébé au Théâtre Varia. Je pense qu’il ne tourne plus malheureusement. La programmation du Varia est vraiment bien. Sinon, je conseille vivement King Kong Théorie au TTO qui est vraiment super.

Un artiste belge à suivre ?

G&M – Stromae ! (rires) Mais oui en vrai, c’est chouette de l’entendre parler de son travail, de la transversalité des médias.

M -J’aime bien la musique qu’on fait en Belgique. Par exemple BRNS, Castus, The Date, V.O. qui va sortir un nouvel album

G – Fabiola ils sont chouettes ! Avec un super clip tourné à Scharbeek.

Cette interview a été réalisé par Inès Chassagneux, les photos (et prêt de matériel de compétition!) sont de Laure Calbeau. Un grand merci à elles deux et à Margot Reumont et Gwendoline Gamboa pour cette belle interview! Rendez-vous sur le site de Tabass co. pour en savoir plus sur leurs projets en cours ou leurs films sortis tout récemment, comme le clip de My Bird de Fabiola réalisée par Gwendoline Gamboa, ou encore la bande annonce réalisée par Margot Reumont pour le prochain film de Bruno Tondeur Sous le cartilage des côtes 

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