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Pascal Ruef, quand les arts visuels décryptent la science

Aujourd’hui, Kilti souhaite vous présenter l’artiste qui se cache derrière le visuel du sac du panier 3.0 lillois. Pascal Ruef nous a parlé de son travail et de ses pratiques mais aussi de ses inspirations et de ses thèmes de prédilection : les arts et les sciences.

Kilti – Pascal, comment as-tu découvert Kilti ?

Pascal Ruef – Je ne connaissais pas du tout, j’ai rencontré Laudine un peu par hasard et elle m’a présenté Kilti et son concept. Elle m’a expliqué que ce mois-ci, le panier culturel allait traiter de la relation arts-sciences, thème qui entrait complètement dans mon registre.

K – Tu as donc réalisé l’illustration du sac ?

P.R – Exactement. Le visuel du sac est issu d’une de mes vidéos, il a été choisi par Laudine et sa collaboratrice.

K – Avec un panier 3.0, comment t’inscris-tu dans ce thème ?

P.R – Cela fait plusieurs années déjà que je m’intéresse aux relations arts-science. J’ai toujours été fasciné par la science et par ses découvertes aussi bien en astrophysique qu’en physique quantique. C’est aussi le cas de l’informatique notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle. Ce sont des thèmes dont je me suis nourri pour créer mes œuvres.

K – C’est un thème inépuisable ?

P.R –  Pour le moment, il est suffisamment vaste pour que je puisse l’exploiter pendant un bon moment. (rires)

K – Tu te définis comme illustrateur, photographe, vidéaste ?

P.R – Je touche un peu à tout car je fais de la photo, de la vidéo et de la création purement numérique. Avant tout ça, j’ai commencé ma carrière d’artiste en tant qu’acteur. J’ai toujours évolué dans le milieu culturel et artistique.

K – Peux-tu nous parler de ton travail ?

P.R – J’exploite le thème plutôt à travers la vidéo et l’estampe numérique. C’est une discipline nouvelle qui a trait à l’infographie et qui permet de réaliser des images juste à partir de l’ordinateur. La base c’est vraiment le pixel et ensuite on peut imprimer sur différents supports comme de l’aluminium ou du papier.

Autre exemple, dans le cadre d’une collaboration avec un ami, nous avons réalisé des collages d’images à partir de multiples éléments recueillis sur des banques d’images sur internet. À partir de là nous avons construit des machines proliférantes, c’est-à-dire des collages d’images représentent une image de grande taille sur le thème de la machine pensante autrement dit l’intelligence artificielle.

K – Quelle place y tient la vidéo ?

P.R – J’ai réalisé des vidéos à partir de mes estampes numériques en animant des images fixes que j’avais créées, je les ai mises en mouvement. Les vidéos sont projetées durant des installations pour un effet mapping comme ce fut le cas avec L’installation Grey Point que j’ai réalisé en collaboration avec le sculpteur Carol Levy. J’ai aussi réalisé une vidéo sur les nuages. C’est assez particulier parce qu’on compose avec la forme chaotique des nuages et l’aspect très rigoureux de la géométrie.

K – Comment es-tu passé de la carrière d’acteur aux arts visuels ?

P.R – J’aimais beaucoup le théâtre mais je le trouvais un peu trop chronophage par rapport à beaucoup de formes artistiques que je voulais explorer. Donc j’ai fini par abandonner cette discipline. J’avais fondé une compagnie avec des amis qui s’appelle la Compagnie Théâtre du Prisme, qui existe toujours d’ailleurs. Par la suite, je me suis destiné à l’écriture, la photo et ensuite à la vidéo.

K – Et ça te satisfait davantage ?

P.R – Oui je me sens plus libre, pour moi c’est quelque chose de plus souple que le théâtre. J’ai une autre activité en parallèle, je suis auxiliaire de vie scolaire. Et au-delà de ça, j’ai des projets rémunérés en photos et en vidéo, ça complémente mes revenus.

K – Tu fais connaître ton travail dans des expositions ?

P.R – Oui, je travaille avec une association qui s’appelle Modulo basée à Esquelbecq qui organise chaque année une exposition qui regroupe plusieurs artistes.

K – Quels sont tes projets en préparation ?

P.R – En ce moment, il y a une exposition programmée dans le cadre de l’association Modulo qui aura lieu au mois de mai 2017 à Esquelbecq. En ce moment, je collabore beaucoup avec le sculpteur Carol Levy, on s’intéresse aux relations sculptures-projection. Je projette mes vidéos sur ses sculptures pour leur donner vie.

K – Aimerais-tu explorer d’autres domaines ?

P.R – Oui effectivement, il y a des choses qui font rêver comme les hologrammes, je trouve ça assez fascinant mais c’est une technologie à laquelle je n’ai pas encore accès. J’aimerais bien utiliser des lasers prochainement et le mapping sur des larges façades m’intéresse aussi.

K – Quelle est ta formation ? Es-tu autodidacte ?

P.R – J’ai eu une formation théâtrale au lycée, en photo je suis autodidacte et en vidéo j’ai fait une formation au centre d’Arts Plastiques de Wazemmes. Par la suite, j’aimerais me former sur les logiciels de mapping.

K – Comment t’inspires-tu pour ton art ?

P.R – Pour ma vidéo sur les nuages, par exemple, c’est un petit poème en prose de Baudelaire qui traitait ce thème: « L’Etranger ». Les traditions sacrées m’intéressent aussi notamment la géométrie du sacrée comme l’alchimie ou la cabale. Les diagrammes y sont très présents et ce sont des éléments assez centraux dans ma démarche artistique. Dans l’idéal j’aimerais que mon art me fasse travailler à travers le monde. Je me sers beaucoup du voyage pour m’inspirer, notamment de mes passages en Asie et en Amérique du Sud.

K – Quel message veux-tu faire passer à travers ton travail ?

P.R – Je fais passer un message par rapport à tout ce travail autour de la science et la cybernétique, je dénonce la société de contrôle vers laquelle tout ça peut dériver.

K – Penses-tu comme beaucoup d’artistes locaux, qu’il est difficile de faire connaître son travail ?

P.R – Oui et non, car aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux, on a une visibilité plus grande et gratuite. Cependant, il y a beaucoup d’artistes qui cherchent à exposer leur travail et le monde des galeries est encore assez hermétique à tous ceux qui ne sont pas issus d’un circuit très particulier qui est celui de l’art contemporain. Moi j’ai déjà rencontré des galeristes qui ont en général une certaine appréhension et sont parfois un peu frileux. Heureusement il existe des petites salles comme l’espace Edouard-Pignon à Bois Blanc dans laquelle je projette d’exposer l’année prochaine.

Découvrez son travail ici :

http://www.ruef-pascal.book.fr/
http://www.pascal-ruef.book.fr/
https://vimeo.com/user6189138
http://a-buyse.tumblr.com/ruef
http://web.cast.free.fr/webcast30/webcast30.html


Interview réalisée par Capucine Cliquennois

Relue et corrigée par Chantal Brebion

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