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Leopolis présenté par son fondateur, Hicham El Mokhtari

Nous revenons aujourd’hui sur une des surprises que contenait le panier Kilti de février 2016 : le magazine Leopolis. Après seulement quelques numéros édités, le trimestriel jouit déjà d’une belle reconnaissance dans le milieu de la presse et particulièrement du slow media. Hicham El Mokhtari est l’un des deux fondateurs du projet et nous a expliqué leur démarche.

Kilti – Quand est né Leopolis Magazine, quel est ton parcours ?

Hicham El Mokhtari – À la base, je suis anthropologue et Thomas Spriet (mon collab’) est graphiste, on s’est rencontrés après avoir raté l’ESJ en 2013, c’est dans ce contexte qu’est né le projet. On a fait une maquette test sur Kiss Kiss Bank Bank et on a atteint la somme dont nous avions besoin. On a pu lancer un premier magazine test, le numéro 0, à 1500 exemplaires. En 2016, on a sorti le 4ème numéro. Jusqu’ici, ils étaient entièrement gratuits, aujourd’hui, on passe à une version payante qui sera distribuée sur une quarantaine de librairies dans les Hauts de France. Les exemplaires seront également disponibles sur notre site internet.

À côté de ça, on a une agence de communication « Void » qu’on dirige avec deux autres associés.

Kilti – Peux-tu nous parler de la ligne éditoriale, du contexte dans lequel vous l’avez défini ?

H.E.M – Nous avons analysé le paysage médiatique de la région et nous avons constaté qu’en 2013, il n’y avait pas vraiment de projet de magazine dans le Nord. Du moins, il en existait quelques-uns qui ne nous convainquaient pas et qui ont connu des échecs. On a donc voulu se faire une place dans ce milieu, puis passer dans la cour des grands. Ce qu’on fait, c’est du photojournalisme et du slow media, à l’époque sur la région Nord Pas de Calais et aujourd’hui sur les Hauts de France. À partir de là on a étoffé la ligne éditoriale en essayant de rééquilibrer la place des textes et des photographies.

Kilti – Pourquoi le slow media ?

H.E.M – On voulait quelque chose de différent. Ras le bol d’une certaine presse, des timeline, de l’info en continu, c’est toujours un peu la même chose. On veut reprendre le temps de livrer, d’écrire et de penser l’information. On n’a pas une gestion intéressée de notre projet, ce n’est pas avec ça qu’on se paye. Le but c’est de faire bouger les lignes de la presse et des médias dans les Hauts de France, créer de nouvelles synergies autour de la livraison de l’information. Il y a de toute façon une mouvance slow media depuis quelques temps, nous ne sommes pas les seuls.

Kilti – Comment faites-vous vivre le projet ?

H.E.M – On est une association et pour nous financer on faisait pas mal de régie publicitaire qu’on réalisait nous-même. En marge de ça, on proposait des projets éditoriaux à des sociétés ou des grands groupes. Les coûts d’impression sont très élevés pour ce genre de format, c’est pourquoi le magazine sera désormais payant. Le but était de ne plus avoir à toucher aux bénéfices de notre agence et de pouvoir rémunérer les collaborateurs.

Kilti – Compte tenu du contexte actuel, la presse papier est un pari osé, non ? Pourquoi ne pas avoir lancé un site web ?

H.E.M – C’est vrai que le web et le digital prennent beaucoup de place aujourd’hui, mais je pense qu’on a toujours besoin de papier, de sentir l’encre, pour moi, c’est un pari mais c’est faisable. On aura quand même un site avec des contenus enrichis avec entre autres des vidéos et des cartographies interactives.

Kilti – Concernant les contenus, comment travaillez-vous ?

H.E.M – Thomas est plus sur le graphisme et la maquette, avant j’écrivais beaucoup, moins aujourd’hui faute de temps. Nous sommes les rédacteurs chefs mais on laisse intervenir d’autres journalistes. Il y a une trentaine de personnes autour de nous, environ 15 photographes et 15 journalistes professionnels. Parfois, nous publions aussi des chercheurs en sciences sociales.

Kilti – Quelles sont vos inspirations, vos influences ?

H.E.M – On aime beaucoup le journalisme Gonzo même si ce n’est pas du tout ce qu’on fait dans Leopolis. Personnellement, je suis Vice magazine depuis 2008, même si la ligne n’est plus tout à fait la même. Ce qu’on trouve très intéressant dans ce média, c’est qu’il y a autant de cœur dans le contenu que dans le contenant. On aime aussi beaucoup 6 mois et XXI. On traite peu de sujets politiques, c’est l’actualité froide qui nous intéresse. Si on s’attelait à ce thème, ce serait très différent de la presse dite « classique », on se rapprocherait plus de ce que fais la revue Charles par exemple.

Kilti – Malgré le peu de numéros édités, vous rencontrez visiblement un vrai « succès ». Pour quelles raisons selon toi ?

H.E.M – À la suite du premier numéro, on a participé à quelques conférences, on a eu des bons retours et des articles sur nous. Ça nous a pas mal aidés et le bouche à oreille a bien fonctionné. Nous avons organisé une soirée au Musée d’Histoire Naturelles pour notre lancement et l’événement a accueilli environ 1500 personnes, c’était une bonne surprise.

Kilti – Comment est née votre collaboration avec Kilti ?

H.E.M – Le concept nous a plu notamment dans la vision de la réorganisation de la livraison de la culture comme nous réorganisons la livraison de l’information. Au moment de la rencontre, on était encore gratuit et on trouvait ça intéressant de collaborer, nous avions les mêmes assertions : entre autres, ouvrir la culture au plus grand nombre. Kilti revisite la culture dans la région et nous on revisite l’iconographie, les histoires de la région.

Kilit – Pour finir, quand sortira le prochain numéro ?

H.E.M – Le magazine est un trimestriel et le numéro 5,qui fera 130 pages pour un prix d’environ 8 euros, sortira en décembre.

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Interview réalisée par Capucine Cliquennois

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