Katia Kameli et son exposition « Futur »

Dans le cadre d’une nouvelle collaboration, Kilti et artconnexion proposeront à la rentrée 2016 un panier commun. L’illustration du sac sera réalisé par Katia Kameli qui présentera également, à artconnexion, son exposition « Futur » à la même période. Nous sommes donc allés à sa rencontre pour en savoir un peu plus sur cette artiste.

Kilti – Katia, comment en es-tu venue à l’art ?

Katia Kameli- Pour moi c’est assez clair, c’est avant tout le fait d’avoir été élevée entre deux territoires, qui m’a toujours donné l’impression d’avoir des choses à raconter. Je suis née en France, mon père est algérien, il est rentré vivre en Algérie lors de la montée du FN dans les années 80. Je passais toutes mes vacances là-bas. Lors des ces allers-retours, je me suis rendu compte que je me sentais particulièrement bien dans les aéroports. Ces non-lieux, pour reprendre une expression de Marc Augé, permettent de réfléchir à son identité, à la manière dont on se construit entre deux pays très différents. Dans l’avion, survoler la mer me donnait l’impression que j’étais chez moi finalement. J’ai grandi entre deux cultures très différentes. Je me suis souvent demandé quel était mon « espace » et j’ai vite décidé que ce serait « l’entre-deux ».

K – Dans les grandes lignes, quel est ton parcours ?

K.K – Je suis rentrée à l’Ecole Nationale des Beaux Arts de Bourges, je me suis rapidement à la question de l’identité puis sur la situation de la femme dans le monde musulman. Je me suis aussi penchée sur la notion de nomadisme. Après l’obtention de mon DNSEP, je me suis installée à Vienne en Autriche, car j’y avais passé une année d’Erasmus enrichissante dans l’atelier de Michelangelo Pistoletto. Je voulais retrouver cette dynamique et me mettre dans une situation d’exil et de comprendre à travers cette expérience celle de mon père et comment il l’avait vécue. C’est finalement là bas que j’ai pris la décision de continuer mon travail artistique. Quand je suis rentrée à Paris, ça n’a pas été simple, j’ai du trouver les moyens de continuer tout en exerçant pas mal de jobs. Par la suite, j’ai fait une résidence en Italie à la fondation Pistoletto encore une fois, cela s’est très bien passé et les opportunités d’exposer mon travail plus régulières. Mon histoire personnelle m’a donné le sentiment d’être le fruit d’une histoire complexe et qu’il fallait en parler. Lorsque l’on pense à l’état du monde aujourd’hui, il me semble que mes intuitions étaient bonnes.

K – Quels ont été tes projets ?

K.K – Un de mes projets importants a été de partir tourner en Algérie pour faire le film « Bledi, un scénario possible ». Il y a différentes strates dans ce projet, questionner la notion d’information car il y avait peu ou pas d’images de ce territoire notamment pendant et après les années de terrorisme, mais aussi le médium du film lui-même et de sa grammaire. Au fur et à mesure, les choses se sont affinées. Un penseur indien HomiK.Bhabha m’a beaucoup inspiré car il met un mot sur cet entre-deux qui m’intéresse tant, il l’appelle le tiers-espace. Pour lui, on ne peut pas être dans une dichotomie à regarder les choses par le prisme d’un positionnement qui serait de A vers B. Nos vies, nos histoires sont beaucoup plus complexes que ça. Finalement le tiers-espace permet de redéfinir les contours, de se réinventer et de se positionner.

Parmi d’autres projets, je suis partie en résidence à New York où j’ai demandé à des new yorkais de m’écrire des « dérives » ou du moins ce qu’ils comprenaient de ce terme. Ces textes font partie d’un processus qui me permet de passer par le prisme de l’autre pour comprendre une ville, un espace ou une situation. J’applique en quelque sorte une double dérive, car lorsque je reçois ces textes ma machine à fiction se met en route et lorsque que j’arrive sur les lieux décrits mes projections sont déplacées.

Ici à artconnexion, je vais montrer un projet qui prend appui sur le même processus mais qui se passe à Marseille. Une fois de plus, je pars de ce que les gens m’ont raconté pour montrer cette ville, que je ne connaissais pas du tout, et la manière dont elle fonctionne. J’ai interviewé les salariés de l’entreprise Futur Télécom et je leur ai demandé de me décrire le trajet menant de chez eux à leur lieu de travail, ce qu’ils y voient. Là encore, je me suis rendue sur des lieux qu’ils m’ont décris pour concevoir le scénario du film « Futur » et la série de photographies qui l’accompagne.

Kilti – Finalement quel est ton support de travail de prédilection ?

K.K – C’est principalement l’image, son traitement mais ça ne s’arrête pas là, j’ai à peu près tout testé. J’ai commencé par la peinture puis je me suis intéressée à la photographie, puis à la vidéo. Par ce biais, j’ai aussi beaucoup travaillé le son. L’image m’intéresse car j’ai l’impression que c’est le choix d’un positionnement, qu’on établit un cadre. Je suis aussi profondément intéressée par le réel et notre manière de nous y positionner. Dans mes photographies je privilégie l’environnement urbain, l’architecture, c’est notre décor. Néanmoins, je m’ouvre de plus en plus à de nouvelles pratiques, la tapisserie, le collage mais toujours en questionnant l’image.

Kilti – Travailles-tu seule ?

K.K – Non au contraire, je travaille beaucoup en équipe aussi bien pour le film que pour la photo. Les collaborations m’apportent énormément et me permettent d’apprendre constamment.

Kilti – Comment t’inspires-tu ? Quelle est ta méthode de travail ?

K.K – Ça part souvent d’une intuition, puis je fais des recherches, il y a une période de gestation et puis d’un coup les choses m’apparaissent (rires) ou du moins deviennent claires. Après, les projets prennent beaucoup de temps mais j’ai appris à faire confiance à mon instinct et à me laisser guider.

Kilti- Connais-tu des frustrations dans ton travail ?

K.K – Oui il y a des projets qui n’ont pas vu le jour, pour diverses raisons mais ils ne sont pas forcément avortés, ils peuvent ressortir plus tard. Je n’oublie jamais vraiment les projets, ils refont toujours plus ou moins surface à un moment donné.

Kilti – Que t’apporte la pratique de l’enseignement ? (Katia Kamali enseigne au département Arts Plastiques à l’Université Lille 3)

K.K – Enseigner m’apporte un équilibre, cela m’a toujours intéressée déjà à l’époque où j’ai produit des workshops en Algérie. J’aime cette idée de pouvoir transmettre un savoir, une énergie. Etre prof m’oblige à être encore plus curieuse et à sortir de mes propres balises.

Kilti – Pour finir quelle sont tes projets et expositions à venir ?

K.K – Je prépare une nouvelle exposition personnelle « Whatlanguage do youspeak, stranger? » à The MosaïcRooms, Londres du 16 septembre au 3 décembre 2016.

Informations Pratiques :

Exposition « Futur » – du 10 septembre au 5 novembre 2016

Vernissage – samedi 10 septembre à 18h

Adresse : artconnexion, 9 rue du Cirque – 59000 Lille

Tel : 03 20 21 10 51

 

 

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